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Quitter X, et après ? Reprendre le contrôle de son canal d'information

Paris, Lyon, Rennes, des régions entières ont quitté X début 2026. Au-delà du débat éthique, ce départ révèle une dépendance structurelle. Pourquoi une commune a intérêt à miser sur un canal qu'elle possède plutôt qu'un canal qu'elle loue.

Le 20 janvier 2026, la Ville de Paris, collectivité française la plus suivie sur X avec 2,2 millions d'abonnés, a quitté le réseau. Elle n'était pas seule : Lyon, Le Mans, Poitiers, Tours, Nancy, Pantin, les métropoles de Rennes et Grenoble-Alpes, les départements de la Gironde, des Landes, de la Loire-Atlantique, de la Haute-Vienne, de l'Ille-et-Vilaine, les régions Bretagne et Nouvelle-Aquitaine… Une vague de départs justifiée par la dégradation de la modération, la toxicité des échanges et les changements de gouvernance de la plateforme depuis son rachat par Elon Musk.

Le débat est d'abord éthique et politique. Mais il révèle un enjeu plus structurel, valable bien au-delà de X : une commune qui bâtit sa communication sur un réseau social construit sur du sable. Elle ne maîtrise ni l'algorithme, ni les règles, ni la pérennité de la plateforme. Le départ de X est l'occasion de reposer la bonne question : quels canaux une collectivité possède-t-elle vraiment ?

Canal loué contre canal possédé

La distinction est simple mais décisive. Un canal loué est une plateforme tierce où la commune publie mais ne contrôle rien : Facebook, Instagram, X, Bluesky. Un canal possédé est une infrastructure dont la commune maîtrise l'accès et l'audience : son site, sa newsletter, sa liste d'abonnés.

CritèreCanal loué (réseaux sociaux)Canal possédé (site, newsletter)
Maîtrise de l'audienceSoumise à l'algorithmeListe directe d'abonnés
PortéeVariable, en baisse structurelleStable, mesurable
PérennitéDépend de la plateformeMaîtrisée par la commune
Règles du jeuImposées, changeantesDéfinies par la commune
DonnéesPropriété de la plateformePropriété de la commune
Coût de sortiePerte de toute l'audienceAucun : la liste reste

Le cas de X est l'illustration parfaite du coût de sortie. Une collectivité qui ferme son compte ne récupère pas ses abonnés : elle repart de zéro ailleurs. Cap'Com a documenté des cas de villes passant de 200 000 abonnés sur X à 600 sur Bluesky, une audience à reconstruire intégralement.

Bluesky n'est pas la solution, c'est un autre canal loué

Bluesky, alternative la plus citée, a connu une croissance spectaculaire : de 13 à plus de 40 millions d'utilisateurs en treize mois, atteignant 41 millions début 2026. Le réseau, développé selon un protocole décentralisé, est jugé plus éthique et moins toxique.

Mais migrer de X vers Bluesky, c'est changer de propriétaire, pas changer de logique. Bluesky reste un canal loué : la commune y dépend toujours d'une plateforme tierce, d'un algorithme, de règles qu'elle ne fixe pas, et d'une audience qu'il faut reconstruire (avec un effet de taille : Bluesky reste petit face aux centaines de millions d'utilisateurs de X ou du milliard de LinkedIn). Le réseau peut avoir toute sa place dans le mix, mais il ne résout pas le problème de fond : la dépendance.

Pourquoi le canal possédé l'emporte sur le long terme

Trois raisons structurelles plaident pour investir dans le canal possédé.

La portée organique des réseaux sociaux s'érode. Sur toutes les plateformes, l'algorithme privilégie les contenus payants ou viraux. Une publication de mairie touche une fraction décroissante de ses propres abonnés. À l'inverse, un email arrive dans la boîte de tous les inscrits : le secteur administration publique affiche en France un taux d'ouverture moyen de 38,79 % (Brevo), supérieur à la moyenne tous secteurs. Nous détaillons ce point dans notre article sur l'email comme canal municipal.

La pérennité. Un réseau social peut changer de propriétaire, de règles, ou disparaître. Une liste d'abonnés à une newsletter appartient à la commune et la suit quoi qu'il arrive. C'est aussi une question de souveraineté des données, au même titre que l'hébergement et la conformité RGPD.

La mesure. Un canal possédé se mesure finement : taux d'ouverture, clics, contenus les plus lus, ce qui permet d'arbitrer sur des faits (voir les indicateurs qui comptent). Sur un réseau social, la commune ne voit que ce que la plateforme veut bien lui montrer.

La bonne architecture : un socle possédé, des relais loués

Il ne s'agit pas de déserter les réseaux sociaux. Ils restent utiles pour la visibilité, l'interaction et toucher des publics qui ne s'abonneraient pas à une newsletter. La bonne architecture les place à leur juste rôle :

  • Le socle possédé, newsletter + site, porte l'information de fond, durable, structurée : éditos, comptes rendus, dossiers, programmes. C'est l'épine dorsale, indépendante de toute plateforme.
  • Les relais loués, réseaux sociaux, assurent la visibilité et l'interaction, en renvoyant systématiquement vers le canal possédé. Chaque publication réseau social est une occasion de capter un abonné à la newsletter.
  • Les canaux d'alerte, applications, SMS, servent l'urgence ponctuelle (voir notre comparatif des applications municipales).

La règle d'or : ne jamais laisser une audience captive d'un canal qu'on ne possède pas. Chaque interaction sur un réseau social doit être une passerelle vers la liste d'abonnés de la commune.

Que faire concrètement après un départ de X

Pour une commune qui s'interroge sur sa présence sur X, ou qui a déjà décidé de partir, quatre étapes :

  1. Récupérer ce qui peut l'être. Des outils comme HelloQuitteX (développé par des chercheurs du CNRS) permettent d'exporter ses archives et de transférer une partie de son réseau vers Bluesky, Mastodon ou Threads.
  2. Capitaliser sur le canal possédé. Profiter du momentum de l'annonce pour inviter massivement les abonnés à rejoindre la newsletter et à consulter le site, les seuls canaux qui ne dépendront jamais d'une plateforme.
  3. Choisir ses relais. Maintenir une présence sur un ou deux réseaux alignés avec les valeurs et les publics de la commune, sans s'éparpiller.
  4. Mesurer la bascule. Suivre la croissance des abonnés au canal possédé plutôt que le nombre de followers, l'indicateur qui compte vraiment.

Conclusion

Le départ massif des collectivités de X n'est pas qu'un geste politique : c'est un rappel que bâtir sa communication sur un réseau social, c'est construire sur un terrain qu'on ne possède pas. La leçon dépasse X et Bluesky. Une commune solide investit d'abord dans ce qu'elle maîtrise : sa newsletter, son site, sa liste d'abonnés, et utilise les réseaux sociaux comme des relais, jamais comme des fondations. Reprendre le contrôle de son canal d'information, c'est s'assurer que le lien avec les habitants survivra au prochain rachat, au prochain changement d'algorithme, au prochain départ.

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